Découvrir Romagnat/D'hier à aujourd'hui
D'hier à aujourd'hui
Le patrimoine de Romagnat dans tous ses états

On peut s’interroger, et le moment semble particulièrement choisi pour le faire, sur tout ce que peut recouvrir ce mot de patrimoine un peu galvaudé à Romagnat ces derniers temps.
Le patrimoine, si on veut bien y regarder de près, est sans aucun doute bien plus important par les valeurs qu’il véhicule et nous transmet de génération en génération, que par sa valeur intrinsèque. La tentation est pourtant grande de vouloir le cadenasser dans une sorte de sacro-sainte vénération du passé, et de n’en garder que les vieilles pierres semées de-ci de-là, oubliant tout ce qui sous-tend les trésors qu’elles peuvent porter.
Le patrimoine des Romagnatois se présente comme un bien collectif composite dont personne ne peut se prévaloir comme dépositaire exclusif ou éclairé.
Si on effeuille un peu les pages du grand livre du Romagnat de 2009, on ne peine pas à y retrouver les traces de ces valeurs qui ont écrit son patrimoine :
- historique et culturel, à travers ses 7 châteaux et sa position sur le flanc de l’oppidum de Gergovie,
- social, avec une tradition d’accueil affirmée, ayant conduit à cet espace multiculturel où l’intégration est une des valeurs fondamentales,

- environnemental, c’est un havre de verdure aux portes de l’agglomération clermontoise qui lui fournit l’essentiel de ses moyens de subsistance économique.
Penchons-nous tout d’abord, pour mieux l'intégrer, sur l'histoire de ce dernier demi-siècle romagnatois.
Que serait aujourd’hui Romagnat si, pour accueillir des populations nouvelles, italienne d’abord, espagnole ensuite et portugaise enfin, chacune riche de sa culture, les élus de l’époque n’avaient, dans les années 50, osé bousculer la propriété de Bezance, ouvrant leur village vers l’extérieur et l’inscrivant dans la dynamique apportée par Michelin à l’agglomération ?
Que retient-on aujourd‘hui de Bezance, de son apport à Romagnat : son architecture ou le fait que ce fut le point de départ de Romagnat en tant que ville, et la gratitude que nous en devons à ses occupants ?
Où seraient les débatteurs passionnés rencontrés dans nos réunions et associations, occupant les bâtiments de la Résidence du Parc, si l’on avait, sous prétexte de ne surtout pas dénaturer le Parc de Tocqueville, empêché que sortent de terre ces bâtiments élancés où ils se sont installés.
Il dut pourtant y en avoir des débats, de sacrés débats même ?
Fallait-il priver les Romagnatois de leurs équipements sportifs au pied du château de Bezance pour préserver son parc, que la municipalité eut la bonne idée d’acquérir auprès du baron de Tocqueville ?
Fallait-il privilégier la propriété, le maintien en l’état au nom de son histoire, ou laisser les sportifs Romagnatois fouler sa pelouse ?
Le CMI, qui a intégré le Château de La Prugne aurait-il, voici 60 ans, apporté à Romagnat ses 11 hectares si l’on n’avait osé introduire les cubes de béton qui le composent, en dysharmonie totale avec la propriété qui l’accueillait ?
Pour privé qu’il soit toujours, le CMI ne fait-il pas aujourd’hui plus implicitement partie du patrimoine de Romagnat par son activité que par ce qu'il demeure du château de La Prugne? Il suffit de suivre de près les dernières menaces concernant ses 300 et quelques salariés pour savoir que le cœur de Romagnat vibre d'abord pour son CMI.
Romagnat ne serait-elle pas aujourd’hui une ville déclinante si, craignant de troubler ce Puy où trône une croix, l’urbanisation de Chomontel n’avait été décidée dans les années 80, apportant à Romagnat ce déjà nécessaire renouvellement des générations sans lequel aujourd’hui toute notre ville se trouverait en léthargie ?
Les Fours à chaux, traces d’une activité locale intense n’ont-ils jamais bousculé la nature et l’environnement Romagnatois pendant leur activité, et peut-on dire aujourd’hui qu'ils sont valorisés ?

Côté culturel, de nombreux calvaires et édifices retracent la place du religieux dans notre commune à travers les siècles.
Qui peut raisonnablement prétendre aujourd’hui que le déplacement d’un calvaire, objet de plusieurs localisations et refontes au cours de l’histoire locale, pour le transposer sur un belvédère le mettant encore plus en valeur, relève d’un quelconque irrespect du patrimoine local et de la mémoire religieuse à laquelle il est associé ?
Ceux qui l’ont érigé hier méritent évidemment tout le respect des Romagnatois d’aujourd’hui, et à cet égard les autorités religieuses voient une attention particulière dans la mise en valeur qui accompagne ce déplacement.

N’y aurait-il pas lieu, dans ce cas précis, de s'interroger sur l'utilisation du patrimoine à des fins moins respectables, d’une appropriation injustifiée par les opposants les plus acharnés ?
On peut s’étonner du silence, hier, de ceux dont les voix s'élèvent aujourd'hui et qui, ces toute dernières années, ont sans sourciller assisté à l’installation de deux superbes poubelles au pied même d’un autre calvaire de la même époque, place de la Halle.
On aurait compris une émotion devant un tel symbole. Quel Romagnatois s’est alors levé ?
Pour ce qui est de l’environnemental, nombreux sont les nouveaux Romagnatois, parfois néo-défenseurs acharnés du patrimoine local et soucieux de préserver leur accès à la verdure, ayant consenti sans sourciller à construire leur pavillon sur un lopin de terre agricole ou viticole sans trop se soucier de la carte environnementale.
Combien se sont posé autant de questions sur le bienfondé de leur implantation patrimoniale que lorsqu’ils s’intéressent à telle ou telle réalisation à caractère collectif, surtout s'ils en sont riverains ?
Le patrimoine de Romagnat, ce trésor éminemment collectif, repose sur des valeurs appuyées sur quelques vieilles pierres mais pas seulement, que notre commune a su au fil des siècles, récents ou lointains, transmettre et faire fructifier à partir de l’héritage des générations précédentes. Aucun individu ou groupe d’individus ne peut prétendre détenir à lui tout seul la clé de ce qui fait patrimoine, ou tenter de l’enfermer dans un joli petit écrin que de temps à autre il lui serait possible d’ouvrir pour le mettre à disposition des esprits prétendus moins éclairés que le sien.
Lorsque le détournement ou l’incarnation quasi exclusive du patrimoine, quel qu’il soit, dessert les valeurs auxquelles on se dit particulièrement attaché, on prend le risque de se retrouver dans un non-sens contraire aux valeurs défendues, une forme d’intégrisme patrimonial fermant toutes les portes au nom du caractère défini comme immuable du patrimoine.
Construire des bâtiments de Haute Qualité Environnementale (HQE), fût-ce en bordure même du bourg historique et participer à cet apport de population nouvelle si nécessaire à notre ville vieillissante, c’est :
- s’inscrire dans la tradition de dynamisme et d’accueil de Romagnat et tirer vers le haut tout le village historique qui s’est construit à proximité au fil des années;
- à travers l'apport de logements sociaux aux prix abordables et que l'équipe précédente n'a pas eu le courage de réaliser (26 en 7 ans, dont 4 de 2005 à 2007), apporter la mixité sociale nécessaire que les prix du foncier et de l'immobilier interdisent aux moins nantis, les repoussant à des dizaines de kilomètres de leurs lieux de travail;
- inviter chacun à s’interroger sur l’état de son propre bâti, l’inciter à évoluer, y compris à travers des constructions plus adaptées à la population à accueillir, tourné vers l’avenir plutôt qu’à se replier dans un doux cocon communautaire qui ronronne et se réveillera trop tard.
Le Romagnat de 2009 se nourrit d’un melting-pot patrimonial qui depuis longtemps à su évoluer en se mettant au service de ses habitants et non pas les inciter à regarder, figés, dans le rétroviseur, crispés avant tout sur la défense de leurs intérêts particuliers.
Historique, culturel, social et environnemental sont sans doute les adjectifs qui résument les différentes facettes les plus en vue du patrimoine collectif des Romagnatois. Aucun ne saurait représenter à lui tout seul Romagnat ni prévaloir sur les autres.
« L'héritage ne se transmet pas, il se conquiert. » disait André Malraux en 1935.
Appliquons nous donc collectivement à demeurer à la recherche permanente de l’équilibre qui, respectant chacune des facettes de notre patrimoine, permettra de conquérir le Romagnat à venir, apportant notre propre plus-value à cet héritage collectif dont nous avons la charge, et qui nous oblige envers les générations futures bien plus encore qu’envers les générations passées.










